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deux r?ves

(1923)

 

Jeu cin?matographique en trois actes et trois films.

 

Personnages :

 

L?on

L’empereur (c’est la m?me personne)

Paulette

Joseph

Madame Colbert

 

Les sc?nes se passent en 1785 et 1809.

 

La premi?re et la troisi?me partie cin?matographiques ainsi que le premier acte th??tral se passent dans un bosquet en Corse, pr?s d’Ajaccio. Les deuxi?me et troisi?me parties th??trales se passent dans un ch?teau, pr?s d’Aspern[1]. La deuxi?me partie cin?matographique se joue dans le cadre d’un r?ve fantastique.

 

Premi?re partie cin?matographique

 

Ajaccio, en 1785. Vue g?n?rale. Maison de Madame Laetitia, de pr?s. Aube. Le premier rayon de lumi?re ?tincelle sur les montagnes. Une voiture postale passe devant la maison. Chambre de Madame Laetitia. Laetitia quitte son lit, allume une bougie, sort sur la pointe des pieds. Autre chambre, celle de L?on. Laetitia entre doucement, s’approche, l?ve la bougie au-dessus du lit. Le lit est vide, non d?fait. Laetitia frappe des mains : ? L?on a d?couch? – pour la premi?re fois ! ? Elle sort pr?cipitamment de la chambre, r?veille une domestique qui, endormie, se frotte les yeux, puis elle sursaute, ?tonn?e, enfile un v?tement. Elles se rendent dans le jardin o? tout est encore dans la p?nombre. Elles fouillent dans le parc, sous les arbres. Elles croisent deux domestiques sur un chemin. On allume une torche. Quand Laetitia passe devant une fen?tre, Joseph, vingt ans, sort sa t?te, encore endormi. Laetitia lui rapporte : ? Ton jeune fr?re L?on n’a pas pass? la nuit ? la maison ! ? Joseph sort, les accompagne. Chambre de Paulette. Paulette est une belle jeune fille de seize ans, parente ?loign?e de la famille, en visite ? Ajaccio. Paulette dort doucement, sourit en r?vant, serre son oreiller contre elle. La lumi?re de la torche entre dans sa chambre. Elle se r?veille, elle ?coute. Elle s’approche de la fen?tre. Du dehors un domestique lui explique la cause du remue-m?nage. Elle rentre, rev?t une robe l?g?re, descend pour rejoindre les autres. Ils sont d?j? cinq ? chercher L?on autour de la maison. Ils se divisent en deux groupes. Paulette et un domestique se dirigent vers un bosquet ? proximit?. Joseph se trouve derri?re un arbuste, les remarque, les rejoint. Il prend la torche du domestique, il l’envoie vers l’autre bout du bosquet, il reste seul avec Paulette. Dans l’aurore montante, Paulette avance, Joseph la suit, la couve des yeux. Ils soul?vent les feuillages, scrutent les clairi?res. Joseph cherche les occasions de s’approcher de Paulette, sous pr?texte de chercher, la robe de Paulette s’accroche ? une branche, elle se baisse pour la lib?rer, Joseph l’aide. Quand ils se redressent, il tente de l’embrasser. Paulette l’?carte, presse le pas. Joseph baisse les yeux, la talonne honteusement. Ils arrivent devant une clairi?re, Paulette retient brusquement Joseph, place l’index devant sa bouche pour lui intimer de faire silence, esquisse un sourire. Elle ?carte prudemment deux arbustes. Au milieu d’une minuscule clairi?re, sous un vieux ch?ne, dort L?on, presque seize ans, un adolescent brun, maigrichon, boudeur. ? C’est ici qu’il a pass? la nuit ! ? L?on porte l’uniforme de l’?cole des cadets de Paris, avec l’insigne de sous-lieutenant, il a d?boutonn? sa veste, son r?ve ne doit pas ?tre calme car il a les ?paules agit?es. Paulette fait signe ? Joseph de ne pas le r?veiller ; ils s’approchent du gar?on sur la pointe des pieds.

 

Premi?re partie th??trale

 

Clairi?re d’un parc. L?on est couch? sous un vieux ch?ne, il dort. C?t? cour Paulette et Joseph s’approchent prudemment sur la pointe des pieds. Tous les deux ont les yeux fix?s sur L?on. Paulette le regarde, pensive et souriante, tandis que Joseph plisse les yeux, sans trop de bienveillance.

 

PAULETTE : C’est inou? ! Il a dormi ici – et pas dans ses draps soyeux.

JOSEPH (il hausse les ?paules).

PAULETTE : On le r?veille ?

JOSEPH (ironiquement) : Je ne suis pas l’ordonnance de monsieur le sous-lieutenant ! Que son ordonnance le r?veille !

PAULETTE : Vous lui en voulez, Joseph !

JOSEPH (d’un air sup?rieur) : ? ce blanc-bec ? Moi ?

PAULETTE (regarde L?on, un peu ?mue) : Mais il est si jeune ! Regardez… Il n’est pas laid, quand il dort… Ses traits s’adoucissent… De quoi peut-il r?ver ?

JOSEPH : Qu’est-ce que j’en sais ! De mille-feuilles au pavot !

PAULETTE : Vous ne connaissez pas les r?ves de votre fr?re ?

JOSEPH : ? celui-l? ? Parce qu’il a des r?ves, celui-l? ? (Avec m?pris.) Ce matheux ?

PAULETTE (pleine de reproches) : Comment pouvez-vous parler ainsi ! Vous qui avez pass? la nuit sous un ?dredon. Qu’est-ce qui aurait pu l’attirer ici, ? la belle ?toile, sous les arbres, ? l’aube… si ce n’est… la premi?re nuit qu’il a pass? en permission…

JOSEPH (en col?re) : Mais non ! Vous ne connaissez pas mon fr?re L?on ! Qu’est-ce que ?a peut lui faire, le bosquet, l’aurore, qu’est-ce qu’il en conna?t… du parfum des arbustes… de la ros?e du matin… (Il l?ve les yeux sur Paulette.) se promener… il ne conna?t rien… il ne sait pas sentir le silence du lever du soleil… il ne voit pas les arbres qui l?vent leurs branches au ciel comme si c’?tait des bras… (Il regarde furtivement Paulette qui n’a d’yeux que pour L?on. Il change de ton.) Regardez, il dort comme un gamin… Il ne se r?veille pas… Il ne sent pas qu’on le regarde… que c’est le matin… que les premiers rayons de l’aube… apparaissent entre les feuilles… (Jalousement.) Et c’est justement sur lui… que tombent le plus beau des rayons de soleil… (Doucement.) Paulette… petite Paulette… si c’est moi… qui ?tais couch? ici…

PAULETTE (continue de regarder L?on) : Peut-?tre qu’il fait de tr?s beaux r?ves.

JOSEPH (avec m?pris) : Celui-l? ? Je vous dis que vous ne le connaissez pas. Il n’a qu’un seul r?ve : devenir lieutenant, c’est jusque-l? que porte son imagination, pas un iota plus loin. Croyez-moi, c’est l’homme le plus sec que je connaisse. Il n’a rien de Maman… ni de moi… Moi je voulais ?tre peintre… et sculpteur… j’ai aussi ?crit des po?mes – celui-l?, son unique ambition est de se frotter aux gosses de riches – ? l’Acad?mie de Brienne. Et ses le?ons… pour ?tre admis ? Paris. Il rentre en permission et (avec m?pris.) Il apporte ses livres scolaires !

PAULETTE : Je l’ai plut?t trouv? passionn?, quand hier au d?jeuner…

JOSEPH : Passion ? (Il rit.) Petite Paulette ! Vous ne connaissez encore rien de la passion… Se mettre en col?re comme un hamster n’est pas encore la passion… Sinon le hamster serait l’homme le plus passionn?… L?on a toujours ?t? comme ?a. ?go?ste… froid et calculateur – ce qui ne l’emp?che pas d’?tre soupe au lait. Quand il avait cinq ans, il a failli mordre un doigt de Maman. Nous l’avons toujours appel? : soupe au lait. Mais passionn? ? – celui qui apporte ses livres scolaires en permission !

PAULETTE (le regarde pensivement) : Il a seize ans… comme moi…

JOSEPH (passionn?ment) : Bosquet ? Aurore ? Beaut? ?... Allons !... Je parierais qu’il est venu pour ?tudier… pour ne pas ?tre d?rang?… Regardez… un livre ouvert… sous sa t?te… qu’est-ce que je disais !

PAULETTE : Des po?mes, peut-?tre.

JOSEPH (s’approche, il retire prudemment le livre de sous la t?te de L?on, le regarde, ?clate d’un rire ironique) : Des po?mes ! Ha, ha, regardez !

PAULETTE (y jette un coup d’œil, elle est d??ue) : Plutarque…

JOSEPH : Ouvert ? la guerre en Gaule…[2] C’est l?-dessus qu’il s’est endormi. Un livre scolaire. Sans doute une le?on suivante qu’il voulait potasser ? l’avance, si jamais le prof commence ? en parler l’ann?e prochaine, qu’il puisse prouver qu’il a potass? pendant les vacances… (Avec m?pris.) Le fayot !

PAULETTE (s’ent?te) : Il a d? y avoir une raison qui l’a chass? de son lit…

JOSEPH : Vous voyez bien ! Plutarque. Une le?on d’histoire.

PAULETTE (s’ent?te) : Non… Le printemps… La soir?e d’hier…

JOSEPH : Le colonel Colhan, son prof d’histoire…

PAULETTE (pour elle-m?me) : Le punch d’hier… que nous avons bu l’apr?s-midi…

JOSEPH : La promotion au grade de lieutenant, pour porter des gants blancs.

PAULETTE (pour elle-m?me) : La for?t… le bosquet… le merveilleux chant du rossignol… dans le bosquet… l’air velout?…

JOSEPH : Il ne savait pas encore sa le?on par cœur.

PAULETTE (pour elle-m?me) : Ce n’est pas vrai ! Il est seul ? savoir que ce n’est pas vrai !

JOSEPH : Mais il ne dit rien, n’est-ce pas ?

PAULETTE : Parce qu’il dort.

JOSEPH : Il est occup?, il ne se laisse pas d?ranger.

PAULETTE (pour elle-m?me) : Il r?ve.

JOSEPH : De Plutarque et de son prof, Monsieur Colhan.

PAULETTE : Non, ce n’est pas vrai. Il r?ve de l’aurore.

JOSEPH (doucement) : L’aurore… c’est… c’est vous. (Il tente de s’approcher.)

PAULETTE (regarde L?on, fig?e) : Ou il r?ve de moi.

JOSEPH (interloqu?, il la regarde, hausse les ?paules, boudeur. Il lance comme un d?fi.) : De vous ?

PAULETTE : De moi.

JOSEPH : Alors r?veillons-le plut?t…

PAULETTE : Chut… Pas encore. ?coutez !

JOSEPH : Quoi ?

PAULETTE : Comme s’il avait dit quelque chose.

L?ON (murmure dans un sommeil agit?) : C?sar… C?sar…

PAULETTE (excit?e) : Qu’est-ce qu’il a dit ?

JOSEPH (va plus pr?s) : Chut…

PAULETTE : Il n’a pas dit ? Ch?rie ? ?

L?ON (pour lui-m?me) : C?sar… C?sar…

JOSEPH (victorieusement) : Vous l’avez entendu ? Il appelle C?sar… Qu’est-ce que je disais ? C’est sa le?on ! La campagne des Gaules… Moi je sais, en l’an trente-cinq apr?s J?sus-Christ… conduite par C?sar…

PAULETTE (d??ue) : C’est s?r ?

JOSEPH (avec sup?riorit?) : Moi je n’ai pas eu besoin de potasser, pourtant je sais.

PAULETTE (tape du pied) : R?veillez-le !

JOSEPH (avec sup?riorit?) : Ah, on peut le laisser dormir. Qu’il potasse dans son r?ve tant qu’il veut.

PAULETTE : Mais Madame Laetitia s’inqui?te.

JOSEPH : On va la rassurer. Allons la trouver pour lui montrer qu’il dort ici…

PAULETTE : C’est une bonne id?e… Allez la chercher, moi je vous attendrai ici.

JOSEPH : Vous craignez qu’on le vole ?

PAULETTE : Pour retrouver l’endroit. Allez-y.

JOSEPH (s’approche d’elle) : Mais d’abord…

PAULETTE (rit) : Allons, Joseph ! (Elle le repousse.)

JOSEPH : Vous me refusez un baiser?

PAULETTE : Pas maintenant.

JOSEPH (avec vivacit?) : Quand alors ?

PAULETTE : Quand j’en aurai envie… Allez, courez!

JOSEPH : Mais vous m’en donnerez un ? C’est promis ?

PAULETTE : Allez, appelez Maman !

JOSEPH : Vous me r?servez ce baiser?

PAULETTE (fait signe que oui).

JOSEPH : Alors j’y cours… (Il s’?loigne vers la gauche.)

 

(Pause. Paulette s’approche de L?on, elle le regarde avec curiosit?. Elle s’accroupit pr?s de lui, regarde alentour, affiche un sourire malicieux.)

 

 

L?ON (se retourne dans son sommeil).

PAULETTE (regarde alentour, cueille un brin d’herbe, elle chatouille doucement une oreille de L?on).

L?ON (se retourne, Paulette saute sur le c?t?. Ce jeu se r?p?te ? plusieurs reprises. Paulette est gaie, elle chatouille le dormeur avec un malin plaisir, puis se cache derri?re un arbre).

L?ON (se r?veille, murmure) : H?… revenez…

PAULETTE (de derri?re l’arbre) : Coucou !... (Elle se cache.)

L?ON (s’assoit, endormi) : Qui est l? ? (Il se frotte les yeux.)

PAULETTE (pour elle-m?me) : Coucou !

L?ON (sursaute, f?ch?) : Qui est l? ?...

PAULETTE (rit ? haute voix) : Le colonel Colhan… ? votre service !

L?ON (ne la reconna?t pas) : Qu’est-ce que vous voulez ?

PAULETTE (fait une r?v?rence) : Je suis Mademoiselle Aurore. J’ai apport? des cartes et des tire-lignes pour Monsieur le Lieutenant !

L?ON : Paulette… c’est vous !

PAULETTE : C’est moi… Vous n’avez pas honte, Monsieur L?on ? Vote maman ne dort pas depuis l’aube…

L?ON (endormi) : Que veut ma m?re ?

PAULETTE : Toute la maisonn?e est sur pieds… on vous cherche avec des torches… Quelle id?e avez-vous eue l? ?!... Madame Laetitia ne cesse pas de crier que vous avez d? ?tre enlev? par des voleurs alg?riens…

L?ON (se r?veille enfin, dit avec vivacit?) : Je ne comprends pas maman… des voleurs alg?riens ! Quelle id?e ! Une id?e de Maman ! Combien de fois je lui ai dit de ne rien craindre pour moi – tant pis, si elle a peur, mais au moins qu’elle ne rab?che pas aux autres qu’il faut avoir peur pour moi.

PAULETTE (tente de le calmer en souriant) : Allons, allons… petit L?on…

L?ON (les yeux pliss?s) : Que personne n’ait peur pour moi !

PAULETTE (tout ? coup) : Sinon vous lui mordez un doigt, n’est-ce pas ?

L?ON (orgueilleusement) : Pardon ?

PAULETTE : Rien.

L?ON : Maman sait tr?s bien que j’aime lire ici tant qu’il fait jour…

PAULETTE : Des po?mes ?

L?ON (ironiquement) : Non. Je laisse ?a aux filles.

PAULETTE (s’assoit dans l’herbe) : Et les filles ?

L?ON (la toise) : Les filles… je les laisse ? Joseph. Joseph joue tr?s bien de la cithare. (Poliment.) Pardonnez-moi, Mademoiselle, si je vous ai offens?e.

PAULETTE : Moi non, et c’est vrai que Joseph joue tr?s bien de la cithare, si vous voulez savoir.

L?ON (orgueilleusement) : Si vous voulez. O? est ma m?re ?

PAULETTE : Joseph est all? chercher les autres. Ils ne vont pas tarder.

L?ON : Voulez-vous qu’on aille ? leur rencontre ?

PAULETTE (apr?s une pause) : Non.

 

(Pause.)

 

PAULETTE : S’il m’est permis de vous demander : qu’avez-vous ?tudi? ici cette nuit ?

L?ON : J’ai lu jusqu’? sept heures, apr?s… Apr?s je me suis promen?, ensuite… ensuite j’?tais tr?s bien !

PAULETTE : Et ensuite ?

L?ON : Ensuite je me suis encore promen?. Puis je me suis install? ici.

PAULETTE : Et ensuite ?

L?ON : Ensuite je me suis r?cit? des po?mes et j’ai chant?.

PAULETTE : Vous avez r?cit? et chant? seul, de nuit ?...

L?ON : Tout seul, je me suis r?cit? des po?mes et j’ai chant? cette nuit.

 

(Pause.)

 

PAULETTE : Qu’avez-vous chant? et r?cit?, Monsieur L?on ?

L?ON : J’ai r?cit? du Hom?re, et j’ai chant? un nouveau chant que j’avais entendu ? Marseille, Mademoiselle.

PAULETTE (en gloussant) : Tout seul, Monsieur L?on ?

L?ON : Tout seul, Mademoiselle.

PAULETTE : Vous ?tes un homme ?trange, Monsieur L?on. Tr?s ?trange. Et qu’avez-vous fait apr?s ?                                                                                                                                                                                

L?ON : Apr?s je me suis couch? et je me suis endormi. Et alors un grand drap a vol? au-dessus des arbres.

PAULETTE (se l?ve) : Allons-y quand m?me, Monsieur L?on.

L?ON (devant lui, mais ? voix forte et ferme) : J’insiste, un grand drap a vol?, et sur le drap des musiciens ?taient install?s, et on entendait leur musique de loin, ils jouaient de la trompette…

PAULETTE : Venez avec moi, Monsieur L?on…

 L?ON (fermement) : Je ne viens pas car je veux d’abord vous dire jusqu’au bout ce que j’ai r?v? dans la for?t d’Ajaccio, la nuit, entre les arbres et sous le drap volant, avec mes seize ans. Je vous le dis fort, car c’est un r?ve dont il ne faudra pas oublier un seul mot, vous comprenez ? Et je veux le dire ici, sur place, car je ne le vois que si je reste ici.

PAULETTE (le taquine) : Vous voulez le dire ? haute voix ?

L?ON : Je ne parle pas ? vous, Mademoiselle Paulette, pardonnez-moi. Veuillez vous promener un peu plus loin si je vous ennuie.

PAULETTE (vex?e) : Car vous n’avez pas besoin d’auditoire ?

L?ON : Il suffit que je m’entende.

PAULETTE (le taquine, avec une ironie boudeuse) : Vous voulez l’apprendre par cœur, si je comprends bien.

L?ON : Je veux l’apprendre par cœur.

PAULETTE : Disons comme ?a : le potasser. Comme Plutarque.

L?ON (ne l’?coute pas) : Je le dis aux arbres et aux for?ts…

PAULETTE (vivement) : Joseph avait raison !

L?ON (sur un ton ferme, militaire, comme s’il expliquait un site, les bras tendus) : Ces deux arbres l?-bas ?taient deux montagnes grimpant jusqu’au ciel, entre les deux passait la route que j’ai suivie vers Paris.

PAULETTE (hausse les ?paules, ironique) : C’est tr?s int?ressant. Attrayant m?me.

L?ON (sans se laisser ?branler, comme en transe) : Et j’?tais suivi d’une mar?e de soldats… Trois brigades… Ils trompetaient tr?s fort, et la for?t renvoyait mon nom comme l’?cho d’un coup de tonnerre… Car tous criaient mon nom.

PAULETTE : Tr?s peu pour moi… (Elle hausse les ?paules, fait semblant de vouloir partir, mais se retourne au bout de quelques pas.)

L?ON (pour lui-m?me) : C’?tait une bataille ?norme. Je l’ai vue aussi clairement que si je la voyais r?ellement et comme si je ne r?vais pas que Paoli[3] s’approchait de moi et me demandait mon nom.

PAULETTE (revient, s’assoit, avec un rire boudeur) : Vous continuez de le dire m?me si je m’en vais ! Alors je pr?f?re rester. ?coutons le discours. (Elle s’assoit, elle s’?vente.)

L?ON (poursuit) : Les Fran?ais et les Romains se battaient dans une vall?e. Oui. Un soldat essouffl? est venu me voir pour dire qu’ils l’ont vu… Oui, ils l’ont vu, il ?tait assis dans une pi?ce, il souriait ironiquement, il ?crivait une lettre aux Gaulois qui commen?ait par ces mots : ? Venio nunc… ?.

PAULETTE : Ah bon ! Au Gaulois ! Dites-moi, Monsieur L?on, pourquoi vous lisez tous ces ennuyeux livres de strat?gie ?

L?ON (sans s’interrompre) : Moi je n’ai rien dit au soldat, ni ? Paoli, j’ai saut? sur le dos d’un cheval et j’ai chevauch? vers Marseille, l? j’ai grimp? sur une colline pour observer la bataille avec une longue-vue.

PAULETTE : Ce devait ?tre beau !

L?ON : Les Fran?ais se battaient ? l’?p?e, ils ont repouss? les Romains. Alors un g?n?ral est venu me voir et m’a demand? ce qu’il convenait de faire. Je lui ai dit de faire ouvrir les portes du ch?teau de Versailles, pour qu’on nous envoie ici le roi Louis… J’ai cri? qu’on l’am?ne ici, car j’ai vu que le mal ?tait grand…

PAULETTE : Je vois moi aussi que le mal est grand.

L?ON : Et ils ont couru chercher le roi Louis, et un soldat est venu m’annoncer que le roi Louis ne pouvait pas venir parce qu’il dormait… et moi je tr?pignais de col?re, car je savais que C?sar n’allait pas tarder et il encerclerait les Fran?ais.

PAULETTE : C?sar ?!... Ah oui, C?sar… Joseph avait raison.

L?ON Le g?n?ral m’a regard? b?tement.

PAULETTE : Je veux bien le croire.

L?ON J’ai hurl? qu’il fasse enfin quelque chose, mais il ne m’entendait pas. Alors quelqu’un a encore cri? mon nom, et j’ai repouss? le g?n?ral, et j’ai couru au fond de la vall?e… Les Fran?ais me talonnaient… Je savais par o? les Fran?ais devaient arriver… Je ne cessais pas de crier… Et alors on a balay? des hommes pr?s de moi… et au loin, tr?s loin, de l’autre c?t? de la montagne, j’ai vu courir les Romains…

PAULETTE : Quel dommage que je n’aie pas vu ?a.

L?ON : Et on a encore cri? mon nom, alors est venu un abb? avec une tresse qui descendait jusqu’aux reins, et il rousp?tait : pourquoi nous faisons tant de boucan, ?a emp?chait le roi de dormir… Mais ? la fin le roi Louis ?tait lui-m?me l’abb?, il se frottait les yeux, il clignait des yeux et geignait parce qu’on ne le laissait pas dormir… Alors que ce n’?tait pas le parlement… Mais moi j’?tais tr?s ?chauff? et je ne lui ai rien r?pondu… Et alors il a souri poliment et m’a invit? chez lui pour une coupe de vin de Tokay, m’assurant qu’il n’habitait pas loin…

PAULETTE (?clate de rire, se tape les cuisses) : Ha, ha, ha !... C’est vraiment dr?le ! Le roi vous a invit? pour boire un coup ?...

L?ON (imperturbable dans son s?rieux) : Alors nous sommes entr?s au ch?teau de Versailles. J’?tais toujours aussi excit?… Des laquais se prosternaient… Nous avons p?n?tr? dans la chambre ? coucher du roi… Tout ?tait d’or et de brocard…

PAULETTE (curieuse) : Vous avez vu des courtisanes ?

L?ON : On s’est assis. Le roi Louis m’a f?licit?, il a dit que j’en savais plus que Jules C?sar… Je ne savais pas quoi lui r?pondre, mais les laquais criaient fort ? C?sar ! C?sar ! ?, se prosternaient et ils m’ont install? sous un baldaquin de soie, je me suis pench? sur le c?t?, j’ai fait semblant d’?tre calme, je me suis forc? ? converser sans ?motion… Pourtant mon cœur palpitait… Mon cœur palpitait…

PAULETTE (se tient les c?tes de rire) : Comme ?a devait ?tre beau ! Mais beau !...

L?ON (imperturbablement) : Le roi Louis n’?tait plus alors dans la chambre, mais…

PAULETTE : Mais c’est vous qui occupiez sa place, Monsieur L?on… Ha, ha, ha… Vous ?tiez le roi Louis… et Jules C?sar… Et l’abb?… Et les laquais… Ha, ha, ha !... Pr?tez-moi un de ces livres des Gaules, Monsieur L?on… J’ai aussi envie de r?ver…

L?ON (se f?che) : Ne me d?rangez pas, Mademoiselle Paulette, j’ai d?j? dit que ce n’est pas ? vous que je parlais !... Vous m’avez d?rang? au moment le plus important…

PAULETTE : On a peut-?tre servi le d?jeuner sur un plateau dor? ?

L?ON (la toise) : Oh vous, Mademoiselle… Allez rejoindre Joseph…

PAULETTE (sursaute, boudeuse) : Et comment, j’y vais oui… (Elle fait semblant de partir, mais s’arr?te au bout de quelques pas et ?coute, toujours boudeuse.)

L?ON : Pourquoi on me d?range, Maman aussi et Joseph… et Paulette… on ne me laisse pas r?ver… J’ai ?t? d?rang? au moment essentiel… le plus beau… et maintenant j’ignore…

PAULETTE (fait la moue) : Mon Dieu… Qu’est-ce que ?a pouvait ?tre ?...

L?ON (fronce les sourcils, cherche ? retrouver les d?tails de la derni?re image du r?ve, parle ? lui-m?me) : Silence… ?a y est, je sais… La route… la route sinueuse entre les montagnes… long?e par les cavaliers… Je sais qui ils sont… Les ambassadeurs prussiens… Ils s’?taient annonc?s ce matin aupr?s de mon g?n?ral, ils voulaient me transmettre les humbles salutations de l’empereur de Prusse… ? moi… Mais ils ne m’ont pas trouv?… apr?s la grande bataille… des cadavres recouvrent le champ de bataille… la tente imp?riale est vide… Le roi d’Espagne… l’invit? de ma cour… saute ? cheval, pris de panique… (De plus en plus enfi?vr?.) O? est C?sar… o? est… Bonaparte… Il y a tous les messages des empereurs… ils envoient tous leurs ambassadeurs… implorant la paix… La fille de l’empereur envoie un message… la fille de l’empereur… ? l’empereur… On le cherche partout… Attendons, comment ?a marche… ? l’aube… devant la tente imp?riale… les quatre ambassadeurs… et le roi d’Espagne… interroge le soldat qui monte la garde… o? est l’empereur… L’empereur… l’empereur…

 

(Sur ces derniers mots la sc?ne s’obscurcit brusquement, pendant que le drap s’abaisse, on entend encore L?on dire : L’empereur !... L’empereur !...)

 

 

deuxi?me partie cin?matographique

 

Pr?s d’Aspern, dans les jours suivant la bataille. Dans la p?nombre de l’aube, au milieu du bivouac, devant la tente imp?riale orn?e, les ambassadeurs prussiens et Joseph, le roi d’Espagne sont debout. Ils interrogent la sentinelle effray?e qui explique dans un strict garde-?-vous : ? L’empereur est mont? ? cheval au petit matin, il est sorti et m’a interdit de l’accompagner. Il a dit qu’il allait inspecter les environs. ? Les trois hommes semblent d?concert?s. ? Il faut partir ? sa recherche, imm?diatement, il faut le trouver ? tout prix ! ?. Ils se lancent ? cheval parmi les tentes, les soldats endormis, les braises des feux de camp.

Autre image. Madame Colbert se prom?ne dans le parc de son beau pavillon de chasse. Elle se rend ? la chapelle. Un portrait de Napol?on pr?s de l’autel. Elle se prosterne devant le portrait avec recueillement, elle l’embrasse. ? Je veux le rencontrer en personne ! ?. Elle r?fl?chit, prend une r?solution. Elle se rend dans sa garde-robe. Elle se d?guise en vivandi?re. Elle va au camp. Les soldats la taquinent, ils lui ach?tent des bibelots. ? l’aube elle tournicote autour de la tente imp?riale. Elle voit Napol?on monter ? cheval ? cette heure matinale et se diriger vers la montagne. Elle monte elle aussi sur son cheval. Elle coupe la route de l’empereur. Napol?on passe devant le pavillon de chasse. L’endroit romantique attire son attention. Tout para?t d?sert. – Un personnage en blanc fait des signes depuis une fen?tre. L’empereur s’y pr?cipite, mais la silhouette dispara?t. -  Elle r?appara?t et attire Napol?on comme un aimant. – Il p?n?tre dans le pavillon. – Des laquais l’accueillent respectueusement. – Aucune femme nulle part. – On l’introduit dans une chambre. – L’empereur r?vasse, puis s’allonge sur un canap?, pose son bicorne pr?s de lui sur une chaise, s’assoupit.

Nouvelle sc?ne. Madame Colbert, de nouveau d?guis?e en vivandi?re, presse le pas sur la route qui m?ne vers le camp. – Elle est arr?t?e par un soldat de la d?l?gation du roi d’Espagne qui lui demande si elle n’a pas vu l’Empereur. Elle r?pond qu’elle a bien vu un cheval avec son cavalier. Le soldat la conduit devant Joseph et les ambassadeurs. L? elle r?p?te qu’elle a vu un soldat. Ils reconnaissent l’empereur dans sa description. Madame Colbert se propose de les conduire vers l’endroit o? elle l’a vu. Le cort?ge se divise en deux parties, les ambassadeurs restent derri?re. Le roi d’Espagne et Madame Colbert passent devant. Le roi aimerait flirter avec la belle femme, elle fait la coquette mais le repousse. Ils arrivent devant le pavillon de chasse. Ils attachent les chevaux. Pendant ce temps ils sont rejoints par les ambassadeurs. Madame Colbert aimerait s’?chapper, mais le roi d’Espagne la retient, soup?onneux. ? Vous semblez savoir dans quelle chambre se trouve ce soldat inconnu ! ?. Madame Colbert rit et acquiesce. Elle conduit Joseph, le roi d’Espagne, ? l’?tage. Un soldat monte la garde devant la chambre. Il reconna?t le roi, il salue. Joseph invite en criant les ambassadeurs ? monter. La sentinelle ouvre la porte.

? cette derni?re image du film, quand ils arrivent ? la porte de la chambre, on entend la voix de L?on sous les draps, il semble achever l’image de r?ve que nous avons vue dans le film.

L?ON : Sire… r?veillez-vous… Les envoy?s de l’empereur… Sire…

 

Deux r?ves f2deuxi?me partie th??trale

 

Une chambre dans le ch?teau. Un manteau d’hermine a ?t? jet? sur un divan simple, l’empereur est couch? dessus et dort. Le bicorne napol?onien est pos? ? c?t? de lui sur une chaise. On frappe ? la porte.

 

LA VOIX DU SOLDAT (de l’ext?rieur) : Sire… Les envoy?s de l’empereur, Sire…

L’EMPEREUR (dort profond?ment, il n’entend pas).

 

(Joseph et Madame Colbert ouvrent prudemment la porte et entrent.)

 

JOSEPH (vers l’ext?rieur) : Patiente dehors, mon gars… Ces Messieurs attendent dans le hall d’entr?e… Nous allons d’abord le r?veiller… (Il referme la porte.)

MADAME COLBERT (place son index sur sa bouche) : Chut ! IL dort !

JOSEPH (avance, il regarde le dormeur avec curiosit?) : Il dort !...

MADAME COLBERT : Il devait ?tre tr?s fatigu?…

JOSEPH (soup?onneux) : ? moins qu’il ne fasse semblant… qu’il ne joue la com?die…

MADAME COLBERT : La com?die ?

JOSEPH (la toise avec ironie) : Parce que vous croyez que seules les femmes savent jouer la com?die ?

MADAME COLBERT : Qu’entendez-vous par l? ?

JOSEPH : Ce que je dis. Les femmes aiment se targuer de leurs talents de com?diennes, elles s’imaginent entortiller les hommes avec ?a, ma belle vivandi?re !

MADAME COLBERT (en toute innocence) : Vous croyez, Monsieur le Commandant ?

JOSEPH : Je le crois, Madame la vivandi?re.

MADAME COLBERT : Alors elles ne les entortillent pas, Monsieur le Commandant ?

JOSEPH : Eh non, Madame la Vivandi?re. Car les hommes aussi savent jouer la com?die – s’ils le veulent. Bien mieux que vous, ma petite vivandi?re.

MADAME COLBERT : ?a, on ne peut pas le savoir, Monsieur le Commandant.

JOSEPH : Eh bien, c’est ce que je pense, ma tr?s ch?re vivandi?re.

MADAME COLBERT : Il faudrait l’essayer, Monsieur le Commandant.

JOSEPH : Tr?s juste, vivandi?re. Nous n’avons qu’? nous y mettre, vous et moi, essayons de juger lequel de nous est meilleur com?dien.

MADAME COLBERT (le regarde calmement dans les yeux) : Comme vous voudrez, Monsieur le Commandant.

JOSEPH : Alors, jouons un peu la com?die… Par exemple… Vous par exemple devez montrer si vous ?tes capable de jouer ce r?le dans la com?die… que vous… n’?tes pas la vivandi?re, mais… (Il la fixe dans les yeux.) disons… une dame… m?me une aristocrate, une vraie ci-devant… et vous ne vous appelez pas Marguerite Blanche… mais disons… qu’est-ce que j’en sais, disons, Madame Colbert…

MADAME COLBERT (sans le moindre fr?missement des paupi?res) : Si vous voulez.

JOSEPH (ironiquement) : Et la personne allong?e ici sur le lit… (Il d?signe l’empereur.) est, disons… n’est autre que… que l’empereur…

MADAME COLBERT : Votre com?die promet d’?tre amusante. Je veux bien.

JOSEPH (se trahissant presque, avec vivacit?) : Et… et vous le savez…

MADAME COLBERT (calmement) : Entendu. Dans la com?die je le sais.

JOSEPH : Ah !

MADAME COLBERT (vivement) : Je jouerai volontiers ce r?le dans la com?die. Mais qu’allez-vous jouer, vous, comme r?le dans la com?die, Monsieur le Commandant ?

JOSEPH (avec indiff?rence) : Moi ? Eh bien…

MADAME COLBERT (l?g?rement) : Vous pourriez, Monsieur le Commandant, faire semblant d’?tre, disons, le roi d’Espagne.

JOSEPH (la regarde interloqu?, il rougit et se mord les l?vres).

MADAME COLBERT (innocemment) : Vous ne trouvez pas que c’est un bon r?le ?

JOSEPH (la regarde quelques instants puis ?clate de rire) : Si, quelques fois !

MADAME COLBERT : Pas maintenant ?

JOSEPH : ?a d?pend de vous, si vous l’aimez.

MADAME COLBERT : Eh bien… (Elle fait une r?v?rence.) Majest? !

JOSEPH (sur le m?me ton) : Madame !

MADAME COLBERT (comme jouant son propre r?le) : Majest?, j’attends respectueusement vos ordres.

JOSEPH (sur le m?me ton) : Madame, les belles dames donnent des ordres m?me aux rois. Mais quel hasard me vaut de vous rencontrer ici, Madame ?

MADAME COLBERT : Nous cherchions peut-?tre tous les deux une et m?me chose, Majest?.

JOSEPH (jette un regard vers le divan, se mord les l?vres) : Ah oui. Peut-?tre l’un de nous seulement.

MADAME COLBERT : Serait-ce vous, Majest? ?

JOSEPH : Serait-ce vous, Madame ?

MADAME COLBERT : Doucement, Majest?, l’empereur dort !

JOSEPH (sort de son r?le) : Ah… L’empereur !... Vous saviez donc… Vous saviez…

MADAME COLBERT  (calmement) : Votre r?le, Monsieur le Commandant !

JOSEPH (se ressaisit) : C’est juste, j’avais oubli?, vivandi?re ! (D’une voix basse.) Vous devez ?tre fatigu?e, Madame.

MADAME COLBERT : Mais les envoy?s de l’empereur attendent, Majest? ! Il conviendrait de le r?veiller.

JOSEPH (hausse les ?paules).

MADAME COLBERT : Majest?, veuillez r?veiller votre royal fr?re !

JOSEPH (avec une col?re sinc?re, comme au premier acte) : Son g?n?ral n’a qu’? s’en occuper. Je ne suis pas un r?veille-matin (Il se ressaisit.) Le roi d’Espagne n’assume tout de m?me pas le r?le des domestiques.

MADAME COLBERT : Ah… Vous et votre cher fr?re, vous ?tes peut-?tre un peu… Peut-?tre que les relations diplomatiques entre la France et l’Hispanie se sont un peu rel?ch?es ?

JOSEPH (hausse les ?paules) : Allons, vous croyez peut-?tre que je le crains comme le fait…

MADAME COLBERT : Comme l’Europe, vous voulez dire, Majest? ?

JOSEPH (la regarde ironiquement) : Hum. Vous croyez que l’Europe le craint plus que quoi que ce soit d’autre ?

MADAME COLBERT (avec raffinement) : Je ne connais Madame Europe que de la mythologie. Elle a ?t? enlev?e par un taureau, si je me rappelle bien.

JOSEPH (ironiquement) : J’en doute… Il faut ?tre vache pour ?tre charm?  par un taureau.

MADAME COLBERT : Mais le taureau… (Elle regarde Napol?on.) m?me parmi les animaux… symbolise la force et la puissance.

JOSEPH (suit son regard avec jalousie) : Surtout quand il dort. Et il ronfle par-dessus le march?.

MADAME COLBERT : Comme il doit ?tre fatigu?… Apr?s la victoire…

JOSEPH : Croyez-vous que c’?tait fatigant ?

MADAME COLBERT : Il a mis tout un monde sous son talon… Il a appuy? son front terrible ? des cha?nes de montagnes, il a fait ?clater la fronti?re de deux pays… Il a cogn? de son poing sur la carte, et des taches color?es y zigzaguaient en tous sens, ne trouvant plus leur place, ne sachant plus o? s’arr?ter apr?s un calme de mille ans… Et tout cela la t?te froide, avec la s?r?nit? d’un despote, ne consid?rant que l’objectif, balayant tout le reste sur son chemin : vanit?, mesquinerie, faiblesse, d?sespoir, h?sitation et doute.

JOSEPH (avec impatience) : Oh, ce romantisme des femmes ! Elles s’efforcent ? se fabriquer un h?ros. Ce sont les femmes qui g?chent le monde, avec cette manie d’id?aliser !...

MADAME COLBERT : Majest?, vous savez tr?s bien qu’il ne s’agit pas d’id?aliser, c’est la r?alit?.

JOSEPH (furieux, presque grossier) : Pardonnez-moi, Madame, je connais tout de m?me mieux mon fr?re que vous !

MADAME COLBERT : Comme il s’agit de votre fr?re, vous ?tes partial.

JOSEPH : Permettez... c’est tout de m?me… Je ne conteste pas qu’il a des talents… Mais on ne peut tout de m?me pas attribuer sa chance ? sa force personnelle… Sinon, l’homme le plus fort serait celui qui tire le plus grand num?ro au loto… et qui empoche le gros lot… C’est ridicule. Croyez-moi, L?on n’est qu’un homme comme un autre… comme… comme… n’importe lequel… Je connais tout de m?me mon fr?re ! Il ressemble ? nous, les autres gar?ons. Sauf que lui, il n’aimait pas ?tudier, il pr?f?rait jouer aux cartes et courir apr?s les filles.

MADAME COLBERT (effar?e de ce blasph?me) : Lui, il courait apr?s les filles ? Le phare lumineux suivrait son ombre ?

JOSEPH (avec un rire sardonique) : Qu’est-ce que je disais… Ces maudites m?taphores !... Cette maudite po?sie qui tourne la t?te des femmes… ? la fin elles confondent les termes de la comparaison… ?douard devient Cun?gonde et Cun?gonde devient ?douard… Mais qu’il soit phare lumineux ou pas : pauvre maman, elle a bien des fois fess? votre phare lumineux.

MADAME COLBERT (?bahie) : On l’a… fess? ?…

JOSEPH : Et m?me ? main nue ! Vous auriez d? entendre glapir (avec un rire m?chant) votre phare lumineux.

MADAME COLBERT : Non, non ! Votre Majest? me fait marcher !... Regardez son visage… Ce front ombrageux… des forces terribles y bouillonnent… Des id?aux qui renversent… qui construisent le monde… Des lignes et des axes incommensurables, un syst?me solaire… ?clair? en son milieu par la flamme de son g?nie… Il ?claire et il attire…

JOSEPH : Allons donc !... Quelle lubie !

MADAME COLBERT : Les r?ves qu’il peut faire, mon Dieu ! Des r?ves terribles, surpass?s par la seule r?alit? !... Ce qu’il a travers? ?veill?, est plus merveilleux que tout songe, ici sur la Terre – dans son r?ve il jongle peut-?tre avec des plan?tes et des soleils.

JOSEPH (ironiquement) : S?rement. Vous savez de quoi il r?ve ? D’un matelas plus confortable que le sien.

MADAME COLBERT (scandalis?e) : Majest? !

JOSEPH (f?ch?) : C’est la pure v?rit?, croyez-moi. Il r?ve comme ce sera merveilleux de retourner ? Paris, d’?pouser Marie-Louise, d’?tre entour? d’une vie de cour, d’avoir plus de temps libre, de c?toyer de belles courtisanes, de manger de bons plats et d’aller au th??tre…

MADAME COLBERT : Il ne r?ve pas de flottes maritimes et de brigades ?

JOSEPH: Allons donc… Regardez… Il y a un cahier sous sa t?te…

MADAME COLBERT : Le plan de bataille !

JOSEPH (tire le cahier victorieusement) : La Pucelle de Voltaire… Un livre licencieux… C’est avec ?a qu’il s’est endormi…

MADAME COLBERT (s’ent?te) : Votre Majest? s’efforce ? d?truire un autel… Mais alors, pourquoi aurait-il quitt? le camp ? l’aube… Et pourquoi aurait-il chevauch? tout seul… si ce n’?tait pas son G?nius pour causer avec lui ?

JOSEPH : Il y avait s?rement une petite femme l?-dessous. C’?tait elle, le G?nius…

MADAME COLBERT (s’ent?te) : Non… non… l’inqui?tude du g?nie… les projets de d?truire le monde…

JOSEPH: Une belle petite nana, c’est moi qui vous le dis.

MADAME COLBERT : Le souvenir enivrant de la victoire… L’image flamboyante de nouvelles victoires…

JOSEPH : Un petit-d?jeuner savoureux, incognito, du caf? au lait, du jambon de Westphalie, en doux t?te ? t?te.

MADAME COLBERT : Ce n’est pas vrai… L’horizon ?tait rouge comme le sang ce matin…

JOSEPH : C’est signe de vent, on aime alors boire du bon vin dans une pi?ce chauff?e.

MADAME COLBERT: Ce n’est pas vrai ! Lui, il sait que c’est faux.

JOSEPH : Mais il ne dit rien, n’est-ce pas ?

MADAME COLBERT : Parce qu’il dort.

JOSEPH : Il est occup?, il ne se laisse pas d?ranger.

MADAME COLBERT: Il r?ve !...

JOSEPH : De caf? au lait avec du jambon de Westphalie.

MADAME COLBERT : De la victoire ! De la conqu?te !

JOSEPH (doucement) : La victoire, la conqu?te, c’est vous, Madame… vous… (Il veut lui baiser la main.)

MADAME COLBERT (regarde l’empereur, retire sa main) : Alors – moi.

JOSEPH (s’?tonne, la regarde, puis hausse les ?paules) : Vous ?

MADAME COLBERT : Moi.

JOSEPH : Ah bon… je l’ignorais… C’est diff?rent. Donc la petite… euh… la petite courtisane que j’ai mentionn?e ? l’instant…

MADAME COLBERT (tressaille) : Majest? !...

JOSEPH (s?v?rement) : Madame !... C’est la premi?re fois que vous voyez l’empereur ?...

MADAME COLBERT : Je vous le jure…

JOSEPH : Alors peut-?tre, r?veillons-le.

MADAME COLBERT (troubl?e) : Pas encore… ?coutez…

JOSEPH : Qu’est-ce que c’est ?

MADAME COLBERT : Il me semble qu’il a dit quelque chose.

L’EMPEREUR (murmure dans un sommeil agit?) : Paulette… Paulette…

MADAME COLBERT (excit?e) : Qu’a-t-il dit ?...

JOSEPH (s’approche) : Chut…

MADAME COLBERT : N’a-t-il pas dit : ? C?sar… C?sar… ?

L’EMPEREUR (pour lui-m?me) : Paulette… Paulette…

JOSEPH (victorieusement) : Colette ?... Il a dit Colette, ou peut-?tre Paulette… En tout cas un pr?nom de femme… ha, ha, ha !... Bien s?r… (Avec ironie.) Mais ce n’est pas votre pr?nom, vivandi?re !

MADAME COLBERT : ?a ne pouvait pas l’?tre, Monsieur le Commandant !

JOSEPH : Alors, la com?die est termin?e ?

MADAME COLBERT : Monsieur le Commandant, vous devriez aller dire aux ambassadeurs qu’ils peuvent entrer…

JOSEPH : Vous ne venez pas avec moi ?

MADAME COLBERT : Pas encore.

JOSEPH (h?site) : Mais apr?s ?

MADAME COLBERT : Apr?s – nous serons tous entre ses mains.

JOSEPH (se domine) : D’accord. J’y vais. Veillez-le en attendant.

MADAME COLBERT (acquiesce).

JOSEPH (sort ? gauche).

 

(Entracte)

 

MADAME COLBERT (doucement, pleine d’admiration) : Empereur… Empereur…

L’EMPEREUR (se retourne, agit?).

MADAME COLBERT (?te son d?guisement, elle porte une robe de soie style empire, elle prend son chapeau sur la chaise, s’assoit doucement.).

L’EMPEREUR (se retourne dans son sommeil.).

MADAME COLBERT (l’appelle doucement) : Sire… Les envoy?s de l’empereur… Sire…

L’EMPEREUR (se r?veille, encore ensommeill?) : Ch?rie… ma ch?rie…

MADAME COLBERT : Sire… Les envoy?s de l’empereur…

L’EMPEREUR (regagne ses esprits, s’assoit sur le divan. Cr?ment.) : Qui est l? ?

MADAME COLBERT (avec une profonde r?v?rence) : Sire… Je vous demande humblement pardon… d’avoir os? vous d?ranger dans votre sommeil… Hier vous m’avez fait la gr?ce de m’ordonner… Si les envoy?s de l’empereur arrivent…

L’EMPEREUR (cr?ment) : Qui ?tes-vous, Madame ?

MADAME COLBERT : Je suis la veuve du comte Colbert… Je me suis port?e volontaire pour aider le roi d’Espagne… ? vous retrouver, Sire, et vous conduire ici les envoy?s…

L’EMPEREUR : Joseph – pardon, sa Majest? le roi d’Espagne se trouve-t-elle ici ?

MADAME COLBERT : Il vous attend en bas dans l’antichambre. Dois-je l’appeler ?

L’EMPEREUR (essaye de recouvrer ses esprits) : Attendez… Les ambassadeurs… ?a y est, j’y suis… (Il se passe la main sur le front.) De quoi il s’agit en fait ?

MADAME COLBERT (le regarde avec admiration) : Oh, Sire, je suis inconsolable… d’avoir interrompu votre sommeil… L’aigle devait voler haut au-dessus des nuages… pendant que moi, petit moineau gris… je tr?buchais maladroitement dans vos ailes… (Elle baisse les yeux.)

L’EMPEREUR (distraitement, sans la regarder) : Des nuages ?... Oui, des sortes de nuages… au-dessus de la for?t… dans mon r?ve…

MADAME COLBERT (enthousiaste) : Sire… je l’imagine… une for?t de m?ts… une mer de lances… les Pyramides…

L’EMPEREUR : Foutre ! (Vite.) Pardon. Mais que viennent faire ici les Pyramides ?... Un petit sentier dans la for?t… bord? de primev?res… dans une fleur de primev?re, un petit col?opt?re rouge…

MADAME COLBERT : Rouge sang… Le sang des armadas ennemies… Des arm?es vaincues… autant de larves… et des cœurs vaincus… des cœurs faibles… (Elle baisse les yeux.)

L’EMPEREUR : Voyons… (Il s’impatiente.) Excusez-moi, Madame, un instant… si vous voulez bien me permettre… de me concentrer encore… (? lui-m?me avec douceur.) sur mon r?ve merveilleux…

MADAME COLBERT (pleine d’admiration) : Merveilleux !

L’EMPEREUR (s’impatiente) : ?videmment, merveilleux ! Mais si vous m’interrompez tout le temps – veuillez ne pas me d?ranger un instant… vous me faites perdre le fil… Pardonnez-moi, mais je ne suis pas encore bien r?veill? et (doucement.) je n’en ai pas trop envie… Je veux encore… la voir… la revoir encore…

MADAME COLBERT (interloqu?e) : Revoir quoi, Sire ?

L’EMPEREUR : Fichtre !... Cette image… Madame, vous feriez mieux… d’aller chercher mon fr?re… et les ambassadeurs… dites qu’ils peuvent entrer… Allez, Madame !

MADAME COLBERT : Sire… (Elle se l?ve, vex?e, se dirige vers la porte, mais s’arr?te avant.)

L’EMPEREUR (pour lui-m?me en m?ditant, ?tonn?, doucement)) : Oui… merveilleux… quel dr?le de r?ve… ? l’aube, dans un bosquet… pr?s d’Ajaccio… une clairi?re entre les arbres… j’ai environ seize ans… je suis couch? dans l’herbe… et une jeune… jeune fille de Catane… brune… s’accroupit ? mes c?t?s… ses jeunes genoux touchent mes cheveux…

 

La sc?ne s’obscurcit, le drap s’abaisse.


 

TROISi?me partie cin?matographique

 

Ce que dit l’empereur, devient visible. Le bosquet est le m?me que dans le premier film et dans la premi?re partie th??trale. L?on, ?g? de seize ans, est couch? sous un arbre, Paulette est accroupie pr?s de lui et tente de le r?veiller. ? Monsieur L?on, Monsieur L?on, votre maman vous cherche ! ? L?on se l?ve encore endormi, se frotte les yeux, ramasse son Plutarque par terre. Il se met ? r?citer. Paulette l’?coute un moment, puis arrache le livre des mains du gar?on. L?on cherche ? le r?cup?rer, ils se roulent par terre ; tout ? coup L?on s’aper?oit que dans le feu de la lutte il embrasse passionn?ment Paulette, qui se laisse faire et l?che le livre. L?on sursaute, veut se sauver, Paulette, vex?e, reste assise. L?on revient, essaye de se faire pardonner, veut encore l’embrasser. Paulette boude, se d?tourne. L?on r?fl?chit, tout ? coup il a une id?e, ses yeux brillent. Il d?chire des feuilles du livre, il le jette et fait voler les morceaux de papier. Chaque morceau se transforme en une colombe en vol. Paulette rit ? haute voix, applaudit. Ils se jettent au cou l’un de l’autre, les baisers se succ?dent. Ils se prom?nent ?treints dans le bosquet. L?on trouve un lit de gazon, il appelle Paulette, ils s’installent. Br?lante ?treinte, baisers d?sormais amoureux. Un faon passe entre les arbres, il les regarde avec de grands yeux, puis se retire. Ils sont couverts par le feuillage.

Nouvelle image. L?on et Paulette se tiennent par la main, ils se rendent en souriant devant Madame Laetitia. Elle les embrasse. Un go?ter dans le jardin, avec les gar?ons. L?on et Paulette ne se quittent plus. L’image change. Les amis de l’?cole des cadets viennent chercher L?on. Il s’habille, il se dirige vers la diligence des postes. Paulette le suit. L?on qui ?tait d?j? mont?, redescend, prend cong? de ses amis, il ne part pas, il reste. La diligence part. Autre image. L?on a abandonn? l’?cole militaire, d?cid? de faire une carri?re d’avocat comme son p?re. Il s’inscrit ? l’universit?. Nouvelle image. ? Ajaccio on attend la venue de L?on, la famille et Paulette. Grande joie. L?on arrive et brandit son dipl?me. D?jeuner familial dans une liesse g?n?rale. Autre image. L?on ?pouse Paulette. Noces dans la maison de Laetitia. Des fiacres enrubann?s emm?nent les jeunes mari?s, la maison est orn?e de fleurs. Autre image. L’?tude d’avocat de L?on. Nombreux clients, des personnages int?ressants. L?on traite avec chacun. L’image change. L?on sort dans le jardin o? jouent sa femme et ses enfants. Il les regarde, heureux. Il fait du canotage sur un lac, l’image est idyllique. Ils font du cheval. L?on joue avec ses enfants, il les pousse sur l’escarpolette. Un des enfants court en pleurs vers son p?re, il s’est bless? au front. Son p?re l’emm?ne pour le soigner, l’autre enfant reste seul dans le jardin, il tient encore l’?p?e de bois avec laquelle il a bless? son fr?re. L?on est f?ch?, lui arrache l’?p?e des mains, la casse sur son genou et la lance loin.


 

TROISi?me partie th??trale

 

La m?me sc?ne que dans la deuxi?me partie. L’empereur est toujours assis sur le divan, il fixe ses pieds. Madame Colbert est pr?s de la porte, elle tient la poign?e, elle regarde l’empereur bouche b?e.

 

L’EMPEREUR (l?ve la t?te, l’aper?oit) : Comment, vous ?tes encore l? ? Que regardez-vous ?... Allez chercher mon fr?re !...

MADAME COLBERT (prend peur, tente de fuir).

L’EMPEREUR (sourit, la rejoint, l’attrape par le menton) : Bon… Pardonnez, Madame, le vieux soldat… C’est mon style… Mais je ne suis nullement f?ch?… Mais allez… ? propos ! D’o? connaissez-vous mon fr?re, sa majest? le roi d’Espagne ?

MADAME COLBERT (avec des larmes dans la voix) : J’ai fait sa connaissance… ici… sur la route… pendant qu’on vous cherchait…

L’EMPEREUR (l’imite) : Pendant qu’on me cherchait… Mon Dieu… (En plaisantant.) Une femme trouve toujours quand elle cherche…

MADAME COLBERT : Mon empereur !...

L’EMPEREUR : Empereur… Pas tout ? fait empereur…

JOSEPH (arrive hors d’haleine, pousse la porte) : L?on… L?on… R?veille-toi enfin… Les envoy?s de Marie-Louise sont ici…

L’EMPEREUR : Bon, bon, d’accord !...

JOSEPH : Oh… Majest?… Alors comme ?a… (G?n?, il les regarde, l’un puis l’autre.)

L’EMPEREUR (rit) : N’ayez pas peur ! (Il prend Madame Colbert par la main, la conduit aupr?s de Joseph.) ? d?faut de l’empereur, ce cœur fid?le se contentera d’un roi simple mais honn?te.

JOSEPH (g?n?) : Je ne comprends pas.

L’EMPEREUR : Joseph, je dois beaucoup ? Madame… Elle m’a surpris dans mon sommeil… Et ? demi r?veill? j’ai parl? de mon r?ve… ce qu’elle ne trahira jamais…

JOSEPH : De quel r?ve s’agit-il ?

L’EMPEREUR (m?ditatif) : Quel r?ve ? (Il soupire, puis il s’efforce d’afficher de la ga?t?.) Peu importe quel r?ve. La vie n’est pas un r?ve, mais du travail et des soucis !... Nous n’avons pas le temps de r?vasser !... Faites entrer les ambassadeurs !...

 

(Il met son bicorne sur sa t?te, il se fige dans la posture connue, Joseph et Madame Colbert se dirigent vers la porte, puis sortent.

 

Rideau

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[1] Ville proche de Vienne, si?ge de la bataille d’Aspern-Essling contre les Autrichiens en mai 1809.

[2] De "La vie de C?sar" par Plutarque (46-125).

[3] Pascal Paoli (1725-1907). Homme politique corse.