Frigyes
Karinthy : Nouvelles parues dans la presse
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- Il ne veut pas partir… Il dit qu’il doit
parler immédiatement avec monsieur le rédacteur.
- Bon, faites-le entrer.
Surgit une étrange figure pâle à la barbe hirsute,
les vêtements chiffonnés, des brins de pailles dans les cheveux et la barbe.
- Monsieur le Rédacteur, c’est moi qui…
- Excusez-moi, mais vraiment…
- Vous ne me reconnaissez pas ?
Il touche nerveusement sa barbe.
- Hum… Bien sûr, je suis un peu négligé… Je
n’ai pas eu le temps de m’occuper de moi… Tant pis, ce n’est pas ça qui compte…
L’essentiel c’est que ça y est, tout va bien, enfin, enfin !
Ses yeux brillent.
- Monsieur le Rédacteur, je suis Winkler, je
suis déjà venu vous voir, vous dire que je veux travailler, que je veux être
auteur dramatique, auteur de cabaret, chansonnier, parce que j’adore la scène
et je devine mon talent… Vous m’avez répondu l’autre jour que d’accord, c’est
bien beau, pourquoi pas, mais ce n’est pas quelque chose qui se décide. Que je devais travailler, produire, inventer,
présenter quelque chose… Et nous nous sommes mis d’accord pour que je rentre
chez moi et que la fois suivante je vous apporte tout un tas de choses déjà
écrites, éventuellement des esquisses dramatiques, des projets achevés, des
thèmes qui vous permettent de jauger mon talent.
- Oui, oui… Ça commence à me revenir. C’est
donc vous ?
- Oui. Et ce tas de manuscrits sales, c’est ma
promesse tenue. Je ne pouvais pas être tranquille avant de finir tout ça. Mais
vous allez vite constater que je n’ai pas perdu mon temps.
- Tant mieux.
- Revenons à nos moutons. Voici le premier et
le plus important, l’esquisse complète achevée d’un drame en trois actes, le
scénario tout fait, peut-être pour le Théâtre National. Son titre est
"Gloire".
- Gloire ? Très intéressant. De quoi ça
parle ?
- De quoi ça pourrait parler ? C’est une
brillante allégorie de la glorieuse victoire des empires centraux, avec
prologue, douze scènes et apothéose. Le personnage central est la reine Zita,
patronne des veuves et des orphelins. Un truc génial, sa majesté le roi Charles[1] apparaît
lui-même, une image vivante, sabre au clair, sa couronne sur la tête, tendant
pour bénédiction un bras vers la Transylvanie, l’autre vers la Pologne, le
troisième vers la Croatie… Alors ? Qu’en pensez-vous ?
- Hum. Hum. Attendez, je voudrais vous
demander…
- Ce qu’il y a encore ? Une bagatelle.
J’ai ici une scène de cabaret. Le titre : "L’empereur !"
- L’empereur ? Hum. Hum. Si je ne me
trompe pas…
- Vous ne vous trompez pas. La scène se joue à
Paris, dans un troquet. Deux soldats français en lambeaux sont avachis là, en
triste état. L’un se met à chanter "Les deux grenadiers" où il s’agit
de la chute de Napoléon. Un bruit se fait brusquement entendre dans la rue. La
taulière entre toute paniquée, elle crie « Les Allemands ! Les
Allemands entrent dans Paris ! » La scène s’illumine. Deux pimpants
capitaines de uhlans allemands entrent avec des drapeaux nationaux… L’un des
capitaines chante la ballade "L’empereur !" qui a été écrite sur
la musique des "deux grenadiers" et qui a pour sujet l’entrée de
Guillaume II à la tête de ses troupes dans Paris tel un aigle… Lumière rouge,
au fond de la scène apparaît le buste de l’empereur Guillaume, la tête haute,
les bras croisés… Alors ?!!
- Hum. Intéressant. Hum. Dites-moi, euh…
- S’il reste encore quelque chose ? Je
pense bien ! Tenez, une chanson sérieuse, intitulée : Hindenburg.
Qu’en dire ? Qu’il me soit permis de citer seulement le refrain en toute
modestie : « Le canon tonne – celui qui ne vacille pas, qui garde son
courage, c’est Hindenburg. » Hein ? Ça, c’est quelque chose,
hein ? Imaginez l’ovation du public, la foule en liesse après un tel
refrain… Ils vont tous le chanter en chœur avec l’acteur, c’est clair…
- Bien sûr, mais il me semble…
- Qu’est-ce qu’il vous semble ? Car vous
croyez que c’est tout ? Il en reste d’autres… Le livret complet d’un
immense opéra spectacle dans lequel les soldats sur leur glorieux retour…
- Pardon, une minute, cher… comment… cher
Winkler…
- Je sais, je sais. S’il reste encore quelque
chose ? Eh bien oui. La cerise sur le gâteau. Il y a là toute une revue
avec dedans un truc auquel aucun auteur dramatique n’a encore jamais pensé et
qui recèle une double importance… Vous avez une idée ? Non, vous n’allez
pas deviner… Je vais vous le dire : le héros de la revue est un
multimillionnaire qui, après avoir tout essayé pour avoir un héritier, vient
enfin à la décision de souscrire toute sa fortune en emprunts de guerre. Que dites-vous
de cette idée ? Imaginez tous les théâtres qui se battront pour monter la
pièce… Évidemment, ils voudraient tous s’assurer les éternelles faveurs du
gouvernement… En outre…
- Attention, cher Monsieur Winkler… Juste une
question… Quand est-ce que nous nous sommes rencontrés la dernière fois ?
Winkler se gratte la tête.
- Hum… Je ne sais pas exactement… Attendez…
J’essaye de retrouver la date… En sortant de la rédaction je suis directement
monté en courant au Mont Gellért, je me suis jeté dans la grotte et j’ai décidé
de ne pas en ressortir avant de finir mon travail. Et j’ai tenu bon. J’avais
sur moi des tickets de pain pour un an, c’est ce que j’ai mangé et j’ai
mâchouillé de l’oseille sauvage pour l’accompagner.
- Vous n’avez jamais dormi ?
- Pas avant d’achever. Mais le travail fini, je
dois l’avouer, j’ai un peu dormi. Je me suis réveillé il y a une demi-heure,
j’ai ramassé les manuscrits, et sans perdre une minute je suis monté dans le
premier tram et je suis venu ici sur le champ. Me voici donc et j’attends vos
instructions. Avouez, Monsieur le Rédacteur que j’ai surpassé au-delà de
toute attente les espérances que vous avez fondées en moi et en ma carrière
théâtrale…
- Mais oui, cher Winkler… Et maintenant
ramassez vos manuscrits et munissez-vous de tickets de pain pour une année
supplémentaire.
- Et ?
- …Retournez dans votre grotte et continuez de
dormir. Je vous téléphonerai quand j’aurai besoin de vous.
Színházi Élet , 9-16
février 1919.
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- C’est pour le camarade rédacteur.
- Qui c’est ?
- J’avoue que je ne sais pas son nom… Mais il
est déjà venu il y a peut-être cinq semaines, un barbu…
- Un barbu ?
- Ce barbu qui a apporté les manuscrits… Puis
vous lui avez dit, camarade rédacteur, de retourner d’où il venait et de
continuer de dormir…
Ah oui, j’y suis. Maître Rip que voici un an, par
une malheureuse idée j’ai envoyé collecter des thèmes, des idées et de revenir
ensuite s’il en a trouvé… Et qui ensuite s’est caché pendant un an dans une
grotte du Mont Gellért et il n’en est ressorti qu’il y a cinq semaines pour
venir me surprendre avec des chansons, des pièces de théâtre et des scènes qui
chantaient soit l’apothéose de l’empereur Guillaume, soit l’entrée des
Allemands dans Paris, soit le succès de l’emprunt de guerre ou encore la victoire
de Hindenburg… Et que j’ai une nouvelle fois envoyé dans sa grotte pour un
temps. Apparemment il est ressorti. Puisqu’il faut en passer par là, qu’il
entre.
- Je vous souhaite le bonjour, Monsieur le
Rédacteur.
- Camarade. Que puis-je pour vous, cher
camarade Winkler ? Que m’avez-vous apporté ?
- Alors voyez-vous, j’ai compris que ma
dernière visite est tombée un peu à plat. J’avais pris vos conseils de l’année
dernière très au sérieux, j’ai trop longtemps collecté des sujets, beaucoup ont
perdu leur actualité entre-temps. En sortant de chez vous il y a cinq semaines
j’ai parcouru quelques journaux pour m’informer sur ce que le monde attend de
nos jours d’un écrivain pauvre mais génial comme moi. Oui, cher Monsieur le
Rédacteur, soit dit entre nous, c’était un monde sale ce monde de guerre, avec
toutes ces crapules de généraux et de profiteurs de guerre qui ont monté les
pauvres peuples les uns contre les autres. Je ne comprends même pas comment il
a pu y avoir des écrivains sans conscience qui avaient le culot de louanger ce
monde de déshonneur… Moi j’en ai eu assez. Ayant lu les journaux, je me suis
résolu à m’adapter aux nouveaux idéaux qui ont glorieusement conquis le monde
pendant ma longue retraite. J’ai regagné ma grotte, j’ai emporté cinq semaines
de tickets de pain pour tromper ma faim, ça m’a permis d’achever les esquisses
de quelques drames et de comédies qui s’imprègnent tous des affaires des gens
pauvres et que j’ai l’honneur de vous présenter.
- C’est-à-dire, cher camarade Rip…
- Patientez. En voici tout de suite un premier.
Le jour où je l’aurai développé dans les détails et ce sera monté, les gens
honnêtes se diront : c’est ainsi qu’il faut parler, c’est autre chose ça.
Car il ne s’agit pas là de quelque chef de guerre extravagant ou de roi
assassin et sanguinaire comme c’était la spécialité des écrivains de naguère…
Dans celui-ci il n’y a que des hommes pauvres mais honnêtes… Le héros,
voyez-vous, est un brave ouvrier qui travaille à la sueur de ses deux mains, mais
il va de soi que ça porte ses fruits… Au début il travaille simplement dans une
fabrique, mais grâce à son assiduité et à son labeur consciencieux il monte, il
dirigera un petit atelier, l’atelier se développe… Il grandit comme il faut… Il
finira par devenir une grande fabrique capable de pourvoir le pays tout entier
en pièces détachées nécessaires, voyez-vous, et le directeur et propriétaire de
cette fabrique n’est autre que lui, l’ouvrier honnête et diligent, pas un
quelconque sale usurier ou millionnaire de guerre comme dans l’ancien monde…
- C’est-à-dire, cher camarade Rip, justement…
- Vous croyez que c’est trop osé, que le public
habitué à l’ancien monde n’arriverait pas à le digérer ? Il est vrai que
ça ne manque pas de hardiesse, je ne l’envoie pas dire. J’ai un autre sujet,
encore plus raide, effectivement malaisé à comprendre… Sauf votre respect, ça
tourne autour d’un mendiant, un pauvre mendiant misérable voyez-vous… Ce
mendiant mendie au coin de la rue, mais un jour il trouve un billet de loterie…
Il n’y prête pas attention, c’est par pur hasard qu’il le garde, il l’oublie
même… Mais alors là-dessus, au deuxième acte, il arrive une si grande surprise
dont le public n’ose même pas rêver… Ne vous cassez pas la tête, Monsieur le
Rédacteur, vous n’arriverez pas à le deviner, il vaut mieux que je vous le
dise… Avec son ticket il va gagner le gros lot, le pauvre mendiant, quatre cent
mille couronnes au bas mot, mais s’il est plus chanceux ça peut monter à six
cent mille ! Alors qu’en dites-vous ?
- C’est très beau, mais…
- Eh oui, il les gagne comme qui rigole, et
avec ça il va aussitôt s’acheter un château, un château enchanté, il y emmène
sa belle, il y vit comme un prince…
- Bon, d’accord, mais je dois vous dire…
- Que le sujet est trop moderne ? Mais
voyons, Monsieur le Rédacteur, vous ne vous êtes toujours pas fait au monde
nouveau. Que direz-vous alors de mon troisième sujet dans lequel il s’agit
d’une jeune ouvrière ordinaire qui ignore totalement tous les luxes, lumières
et joies qui sont en ce monde. Alors un jour cette ouvrière rentre chez elle en
chantant dans la rue. Justement une automobile passe lentement dans cette rue
avec à son bord un richissime industriel… Il entend la voix de la jeune fille
et il découvre qu’elle pourrait devenir une cantatrice accomplie… Il descend de
son auto, il invite la pauvre mais honnête ouvrière à monter avec lui, il lui
fait prendre des leçons de chant, il l’installe dans un bel appartement de
douze pièces avenue Andrássy ou un autre quartier résidentiel… Il en fait une
cantatrice célèbre qui attirera comme un aimant richesse et succès… et…
- Écoutez, cher camarade Rip, je vous propose…
- De ne pas perdre de temps et de m’asseoir
immédiatement pour travailler ces superbes sujets modernes ?
- Pas tout à fait. Retournez plutôt encore un
peu dans votre grotte et continuez de dormir. Mais avant, sur la route,
achetez-vous quelques petits cahiers sur la production socialiste… Alors, à la
prochaine !
Színházi Élet , 27 avril-3
mai 1919.
- Qui ça ?
- Vous devez vous souvenir de lui, Monsieur le
Rédacteur… C’est la quatrième fois qu’on le voit… La dernière fois il y a
quatre mois… ce barbu… avec les manuscrits…
- Ah oui, Maître Rip… Qu’il entre.
Il bondit dans la pièce, les yeux étincelants.
- Bonjour, camarade rédacteur…
Je suis interloqué.
- Pardon, cher Rip…
- Pas un mot ! Je ne vous permets pas de
m’interrompre, avant d’avoir fini ce que j’ai à dire, mais vous n’en aurez pas
besoin. Vous serez très satisfait de moi, camarade rédacteur, vous serez
enchanté… J’ai suivi votre conseil, je ne suis plus l’esprit bouché que j’ai
été. La personne qui se tient devant vous est une âme réincarnée, un calice
ouvert qui a recueilli le courant idéologique affluant des temps nouveaux, qui
a compris les magnifiques slogans qui ont pour vocation de gouverner le monde
et de faire la lumière sur les prochains millénaires de l’histoire. Bref :
quand vous m’avez renvoyé, il y a quatre mois, affirmant que mes sujets
collectés avec diligence ne valaient pas tripette parce que le monde avait
définitivement changé et les anciens idéaux n’avaient plus cours, j’ai
immédiatement décidé de commencer une vie nouvelle et de me mettre au travail,
parce que je veux devenir à tout prix écrivain et principalement auteur
dramatique. J’ai acheté dans le premier kiosque "Anarchie de la production
et la cataracte" du camarade Boukharine[4],
"Colonies de vacances et fabrication de boulettes à la confiture dans la
société communiste" du camarade Lénine, "Exploitation capitaliste
dans le domaine des potagers de légumineuses" du camarade Bumbornoff, ainsi que "Comment devra être le bâton de
réglisse dans deux mille ans" du camarade Griffou ;
équipé de ces ouvrages, je me suis jeté dans ma grotte du Mont Gellért et je me
suis mis au travail. Je n’ai ni bu ni mangé, j’ai coupé le contact avec le
monde extérieur pendant quatre mois – mais me voici prêt, enfin !
- Écoutez, cher Rip…
- Assez, assez ! Vous parlerez quand vous
aurez connaissance au moins du sujet et de la conception fondamentale de mes
œuvres. Cette fois, vu qu’il ne s’agit pas de quelques misérables années, mais
de nombreux millénaires, je ne me suis pas contenté de n’écrire que des
esquisses. Vous trouverez dans ce paquet deux romans complets, plusieurs pièces
en trois actes, quelques scènes et saynètes, un entier recueil de poèmes et une
myriade d’articles littéraires attendant d’être imprimés, montés, joués, mis en
musique. Pour ne parler que de cet épais manuscrit-là, savez-vous ce qu’il
contient ? Ne vous cassez pas la tête, je préfère vous le dire. Une
apothéose, voyez-vous, une apothéose en cinq actes. Voyez-vous, il est écrit
là-dedans comment vivent les gens dans une société communiste. À présenter le
premier mai. Une particularité de la pièce est que tous ses héros sont des
prolétaires, les bourgeois ne sont que le personnel de service. Sinon les gens
dedans sont tous pareils, de même hauteur et de même largeur – l’apprentissage
du texte est facilité par le fait que tous les personnages parlent en même
temps et disent la même chose, c’est-à-dire que dans cette société la vie est
un bonheur car il n’y a plus de différence entre homme et homme, vu que dans
l’ancien monde la source de toutes les différences était l’anarchie de la
production ;
- Très cher Maître Rip, que Dieu vous bénisse…
- Quoi, vous craignez que la pièce ne soit pas
assez communiste ? En voici une autre. Scène dramatique du monde révolu.
Son titre : "Exploitation". Cela commence par un grandiose
défilé. Les capitalistes et les bourgeois défilent sous des drapeaux jaunes.
Sur les drapeaux il est écrit : "Mort aux prolétaires, extirpons le
prolétariat pour pouvoir mieux les exploiter. Assassinons les ouvriers pour
qu’ils travaillent davantage pour nous." Ensuite commence l’exploitation,
le saccage proprement dit. Les bourgeois aux dents grinçantes trimballent des
grands sacs et ils saquent tout le monde. Au dehors, dans la nuit, l’anarchie
de la production fait rage. Soudain surgit György Lukács[5] et il se
met à produire socialement. Alors pendant qu’il produit, qu’il produit, tout à
coup…
- Un mot, mon cher Professeur, s’il vous plaît…
- Vous voulez en savoir plus ? Il y a là
une scène d’agitprop. Les décors, à mon avis, pourraient être fabriqués par le
camarade Uitz[6]. La mort
de Sándor Petőfi. Le poète est couché sur le champ de bataille avec
l’essai cadastral de Tibor Nyéri "L’importance
de mes nouvelles dans la société communiste" à la main et déclare qu’il
meurt pour la conviction de Cicerini de n’avoir pas
du tout besoin de chansons de cabaret. À
cet instant…
- C’est que…
- Que dites-vous d’une telle scène ? La
scène est dans le noir. Un contre-révolutionnaire se dissimule dans l’obscurité
et on entend que tantôt il propage des faux bruits, tantôt il tremble de peur.
Rideau. Ça ne vous plaît pas ? Ou prenez celui-ci…
Je ne pouvais faire autre chose, j’ai attrapé une
pile de "Színházi Élet[7]" et
je les ai fourrés dans sa bouche, je lui ai attaché les mains dans le dos pour
lui faire écouter la sentence :
- Cher Rip, retournez vite dans la grotte et
continuez de dormir. Le problème est que vos visites chez nous sont trop
espacées – vous devriez augmenter la fréquence de vos visites si vous voulez
produire quelque chose que je puisse enfin accepter. La paix a duré quarante
ans et vous êtes venu dans la cinquantième année – la guerre a duré quatre ans
et vous êtes venu dans le cinquième, la dictature quatre mois et vous venez
dans le cinquième. Dieu vous bénisse, levez-vous plus tôt la prochaine fois, au
revoir, adieu !
Színházi Élet , Juillet
1919.
[1] Charles premier (1887-1922). Dernier empereur d’Autriche.
[2] La nouvelle a paru pendant "République des Conseils" (avril - juin 1919) dirigée par Béla Kun.
[3] Publiée après la chute de la "République des Conseils" et la prise de pouvoir de Horthy.
[4] Nicolaï Boukharine (1888-1938). Homme politique soviétique.
[5] György Lukács (1885-1971). Philosophe marxiste hongrois.
[6] Béla Uitz (1887-1972). Peintre et affichiste hongrois.
[7] Vie Théâtrale.